Vendenheim et les Wurmser
Les Wurmser, seigneurs de Vendenheim de 1456 à 1789
En 1480, à la mort de Jacques, dernier représentant des Lichtenberg,
l’évêque veut reprendre le village, mais les Wurmser prétendent qu’ils l’ont
acheté aux Lichtenberg. L’affaire est portée devant le Conseil de la ville de
Strasbourg, pris comme arbitre. Les Wurmser reçoivent alors le village en fief des
mains de l’évêque, à condition de ne pas le transmettre en sous-fief et que l’évêque ne
nomme aucun autre seigneur à leurs côtés. Malgré cela les Wurmser, dans des actes
ultérieurs, se reconnaîtront encore les vassaux des héritiers des seigneurs de
Lichtenberg, estimant sans doute que la référence à une si noble famille ne pouvait
que leur être bénéfique.
Voilà donc les Wurmser seigneurs de Vendenheim, non pas un seul Wurmser, mais
les représentants de trois branches de cette famille. Une telle situation ne peut qu’engendrer
des difficultés au fil de la succession des générations. Comment en effet exercer
en commun les droits seigneuriaux, justice et police en particulier ?
Dès lors, et ce pendant plus de deux siècles, des débats en justice émaillent d’épisodes
tragi-comiques les rapports entre les Wurmser et les villageois, débats interminables
qui ont pour origine les droits des uns et des autres sur la forêt : droit de pacage
des animaux, droit de ramasser du bois, chacun étant assuré du bien-fondé de ses
droits et voulant les préserver face à celui qu’il considère comme un usurpateur. Les
villageois font régulièrement appel à leur suzerain, l’évêque de Strasbourg - qui prend
d’ailleurs leur défense -, tandis que les Wurmser s’en réfèrent à la juridiction du
Directoire de la noblesse d’Alsace, prétextant qu’ils ont acheté leurs droits à un représentant
de la haute noblesse. Or les deux juridictions prennent des mesures diamétralement
opposées. Ces différends ne seront résolus qu’après la Révolution française
par l’émigration de la plupart des membres de la famille Wurmser et surtout parce que
la forêt seigneuriale devient domaniale et qu’il est sans doute plus difficile d’engager
un procès contre l’Etat. Enfin, les droits de pâturage et de glandée ont perdu de leur
importance depuis l’introduction, à la fin du XVllle siècle, des fourrages, de la betterave
et surtout de la pomme de terre avec lesquels on nourrit les cochons.
Maîtres de Vendenheim, les Wurmser, par l’intermédiaire de leur bailli - leur représentant
dans le village - tiennent également à y faire régner l’ordre et les bonnes
moeurs. Un texte de 1756, intitulé “Vendenheimer Dorfordnung” (Archives départementales
H 3063), donne un certain nombre de détails sur la façon dont sont organisées
les relations sociales dans la communauté villageoise. A tout seigneur, tout honneur
! Les habitants du lieu doivent avoir des égards envers la famille seigneuriale
“quand un de ses membres se rend à l’église, chacun doit se montrer respectueux et
se lever à son passage sous peine d’une amende de 3 florins...”
Celui qui désire devenir bourgeois de Vendenheim le peut en acquittant certaines
taxes en espèces et en nature - deux livres de cire à la fabrique de l’église, 2 livres de
pfennigs au seigneur, une livre à la communauté villageoise, ainsi qu’un seau en cuir
A acheter pour l’église (sans doute pour combattre les incendies), mais naturellement
le seigneur du lieu doit donner son accord.
Ce règlement de village tourne autour de trois axes : les rassemblements à l’occasion
de fêtes ou de mariages, la réglementation concernant les artisans exerçant un
métier de bouche (boulanger, boucher, aubergiste) - on ne parle en effet dans ce texte
d’aucun autre artisan - et le bon usage des biens collectifs tels les pâturages et la forêt.
Les jeunes sont une cible toute trouvée pour le législateur : défense de se réunir pour
tenir un Abendmarkt (marché d’amour) permettant aux célibataires des deux sexes de
se rencontrer, en été hors du village, en hiver à la forge communale, sous peine de
10 Thaler d’amende. Lors des mariages “on ne doit plus former des barrages avec des
charrettes, pour exiger un pourboire pour le passage sous peine d’une amende de 3
florins... De même, il est défendu de tirer des coups de feu aux baptêmes ou aux
mariages sous peine d’une amende de 12 florins”. Que restait-il alors aux jeunes
comme distractions ? Bien peu de choses sans doute sinon les travaux d’aiguille pour
les filles et ceux du bois pour les garçons !
Les mesures concernant les métiers de bouche nous semblent bien tatillonnes, mais
elles ont toutes pour but de respecter le consommateur ou d’éviter une concurrence
déloyale. Le représentant de l’autorité doit veiller au bon état des poids et mesures des
bouchers et à ce que chaque boulanger effectue alternativement la cuisson du pain,
une semaine sur deux : en cas de non-observation, il peut en coûter six florins
d’amende.
Le contenu de cette page est basé sur l'ouvrage "Vendenheim - Mémoires et Souvenirs" aux 
